J’ai lu un article dernièrement sur l’expatriation qui m’a beaucoup inspiré à partager mon expérience de Kamsar. Je le reprends donc pour l’adapter à ma réalité. Je suis à l’extérieur de mon pays natal depuis plus de 3 ans. Trois ans de découvertes sur une terre d’adoption que j’apprends à connaître à chaque jour. Et mon apprentissage d’aujourd’hui a été aussi important et édifiant que celui de ma première journée. Mais je réalise que la vie d’expatrié est remplie de mythes et d’idées qui sont rarement exacts. J’ai donc décidé de vous communiquer ces idées et de vous expliquer la réalité de ma vie. Pour ceux qui pourraient trouver mon blog par hasard et sans me connaître, je travaille en comptabilité dans une entreprise minière de l’Afrique de l’Ouest. Je vie avec la population locale (et non dans un compound sécurisé) et je ne suis pas dans une zone de conflits. Certains pourraient avoir envie de devenir expatrié. D’autres se répèteront que ce n’est vraiment pas pour eux. Au moins, vous aurez l’heure juste ! Mythe #1 – Nic est en Afrique donc il a beaucoup (peut-être même trop) de temps libre. Laissez-moi vous lancer une mise en situation. Vous travaillez 45 heures par semaine. Souvent un peu plus. Mais vous avez besoin de 5 minutes pour quitter le travail et arriver à la maison. Vous choisissez de ne pas avoir de câble. Vous ne passez pas plus de 15 minutes par jour sur Facebook. Vous êtes loin de votre famille et vous vivez seul. Il n’y a pas de cinéma, pas de boutique pour magasiner, 2 restaurants seulement et une piscine constamment en ‘réparation’. Avez-vous beaucoup de temps ? Oui, certes. Mais pendant ce temps d’extra, vous voyez des amis et faites beaucoup de sport. Faites le calcul. Le temps que j’ai de plus est le temps ‘télé’, le trafic, la vie de couple et Facebook. Et ces 4 paramètres sont une question de décision. Chaque personne qui lit ce texte a le choix de ces 4 paramètres. Ais-je plus de temps que la plupart des gens ? Oui. Parce que je suis en Afrique ? Non. Parce que j’ai fait des choix (et des sacrifices) qui me donnent plus de temps. Alors j’utilise le maximum de ce temps pour avancer mes projets et développer mes centres d’intérêts. Mythe #2 – Les employés à la maison sont signe d’une vie privilégiée. Les films rendent cette idée tenace. C’est facile de s’imaginer que je suis sur ma grande véranda et qu’un employé dévoué m’apporte un verre de jus frais avec des glaçons. La vie coloniale ! Mais ce n’est pas du tout ma réalité. Au contraire. Avoir des employés permet certes de ne pas laver les plancher ou les toilettes, mais il s’agit de personnes que je prends à charge. Non seulement ce n’est pas un choix (ne pas engager de travailleurs est très mal perçu et montre un refus de coopérer avec la population locale), mais je deviens en partie responsable de la vie de ces gens et de leurs proches. Je connais leur famille, ils connaissent la mienne. Je suis la seule personne qui peut les aider en cas de maladie (pour eux ou pour leur famille) et je suis le seul qui peut les aider dans les difficultés de leur vie quotidienne. Il faut aussi ajouter que, même si on ne s’imagine pas que c’est aussi intense avant de le vivre, rien ne prend le même temps qu’à la maison. Aller chercher des médicaments à la pharmacie peut facilement représenter 3 ou 4 heures d’attente au soleil en milieu de journée. Grosso modo, les responsabilités de mes gardiens sont d’ouvrir le portail quand j’arrive, de nourrir le chien et de garder le terrain propre pour diminuer la chance d’avoir des visites de serpents. En échange de ces services, j’ai une responsabilité sur eux et sur toute leur famille immédiate. Mythe #3 – Nic est en Afrique donc il voit quotidiennement tous les animaux du roi lion. Et non… La plupart le savent déjà, mais pour les irréductibles, l’Afrique n’est pas un seul pays et n’est pas un seul climat. Il n’y a ni lion en Guinée, ni girafe. On raconte qu’il y a déjà eu des éléphants, mais bon, je pense que c’est plus folklorique ou que c’est d’une époque depuis longtemps révolue. J’ai vu quelques singes (2 près de la maison et plusieurs dans l’Est du pays dont des chimpanzés), des agoutis (une sorte de rongeur de la grosseur d’un chien) et toutes sortes d’insectes. Dans Kamsar, il y a des chèvres, des poules, des chiens errants et des vautours. Il y a aussi des caméléons, des varans (mon chien aime bien jouer avec eux) et tous les serpents venimeux de l’Afrique de l’Ouest (cobra, mamba vert, mamba noir). Mon chien aime moins jouer avec ceux là. Pour les safaris, il faut aller au Botswana, en Namibie, en Tanzanie, au Kenya ou en Afrique du Sud : Tous à plus de 3,000km de chez moi ! Il y a beaucoup de découvertes à faire en Guinée, mais elles ne sont pas animalières. Elles sont culturelles ! Mythe #4 – Être expatrié, c’est comme être en voyage toute l’année. Ce mythe est une des plus grandes idées préconçues. Je ne suis pas en voyage toute l’année. J’ai certes beaucoup de vacances et j’en profite pour explorer le plus possible notre petite (mais grande !) planète, mais dans mon quotidien, je ne suis pas en voyage. Ma vie est plus proche de celle d’un nouvel immigrant qui essaie d’apprendre une culture qui lui est complètement étrangère que de celle d’un voyageur en sabbatique. Tout m’était étranger quand je suis arrivé ici. Les coutumes, les trucs importants, les trucs qui ne le sont pas, la façon de vivre… À cela, j’ajoute les problèmes et défis du travail et de la vie quotidienne. Je ne suis PAS en vacances ! Et quand je me sens loin de la maison, quand c’est difficile parfois, je ne peux que fermer les volets et regarder un film. Il faut spécifier que la grande majorité du temps, je suis bien ici. Ce qui est difficile et qu’on ne peut pas comprendre avant de l’avoir vécu, c’est quand, pour l’espace d’une journée, on a envie d’être à la maison (la vraie maison), et qu’on ne l’est pas. Alors on doit trouver d’autres façons de rester positif. Parce que, à l’opposé du voyageur, on ne peut pas partir à la découverte d’un nouvel endroit ou d’un nouveau pays. Mythe #5 – Nic a toujours voyagé alors ça a été facile de partir vivre en Afrique. Oh, la phrase… ‘Je ne ferais jamais ce que tu fais…’. Tellement entendue souvent. Comme si ma décision d’aller en Afrique avait été facile. Comme si tout était arrivé comme ça. Le mythe du ‘pré-programmé’. Complètement erroné. Le fait de partir en Afrique a été une décision qui s’est prise pendant plus d’un an. Puis ça a été une préparation exhaustive (avec un grand carton d’avancement des travaux sur le mur du salon), puis le grand saut. Évidemment, quitter deux bons emplois au centre-ville de Montréal et partir dans un village d’Afrique de l’Ouest n’a pas été une décision facile. Et le fait de décider de rester seul après presque 2 ans pour poursuivre mon chemin ici non plus. Mais c’est le résultat de mes choix. Et je me tiens debout devant ces choix. Le seul regret qu’on peut avoir par rapport à ça, c’est d’avoir eu envie de le faire, mais de ne pas avoir été au bout. Le vertige est là. Le doute est là. C’est inévitable. Mais on se lance. Et on est mille fois récompensés pour cette décision. Mythe #6 – La vie d’expatrié est comme une grande aventure. Cette idée est en partie vraie, mais elle est pratiquement tout le temps déformée. C’est une aventure de tous les instants. Vrai. Je vie au quotidien trop d’anecdotes pour tout noter (et de toute façon, si je répétais tout ça, on me dirait que j’exagère ou que j’invente des histoires (si seulement vous saviez !)). Vrai. Mais ce qu’on oublie dans tout ça, c’est que je suis ici tout le temps. Ça, ça veut dire que je suis loin de ma famille dans les moments de grande joie et dans les moments difficile. Je suis loin d’eux aussi pour tous les anniversaires et les célébrations. Je suis loin des amis aussi. Absent des retrouvailles scolaires. Absent pour les mariages. Absent pour les naissances des enfants. Il y a évidemment des moments magnifiques vécus en Guinée, mais il y a aussi des moments où je me sens terriblement loin. Et c’est habituellement dans ces moments que la connexion internet et téléphonique devient instable, ce qui m’empêche de me sentir un peu plus près. Comme pour tester la force du mental. Dans ces moments, je peux vous dire que les pensées fusent. Pourquoi suis-je ici ? Est-ce que ça vaut le coup ? Puis je me ressaisie et je me concentre sur mes projets. Je vais profiter de chaque minute passée ici. Je n'ai pas le droit de perdre mon temps. Je n’ai pas le temps de perdre mon temps. Et j’envoie un maximum de pensées positives vers mes proches. Je pense à vous tous et tout le temps. On aura beaucoup d’histoires à se raconter quand on se reverra plus tard. Je vous aime et je ne vous oublie pas. Pour clore, je peux résumer en quelques mots. Je me suis promis d’attendre la fin de mon mandat en Guinée pour donner un verdict final, mais d’emblée, je sais que si je retournais dans le temps, je n’hésiterais pas une demi-seconde pour plonger dans cette grandiose expérience.
Alors… Qui veut être expat ?
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November 2014
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