Et si cette histoire était narrée différemment? Et si l’inspiration était puisée des compteurs d’histoires des grandes places publiques marocaines? Leurs fantaisies sont écoutées par les badauds, curieux de se laisser transporter par des récits parfois fantastiques, parfois ludiques, mais faisant assurément vagabonder l’esprit. En quelques mots justes et choisis, ces artisans de l’imaginaire font transporter nos émotions vers des contrées fantastiques où se mélangent les émotions et les perceptions. Que l’histoire soit vérifiable ou pas n’a plus d’importance. Ce qui importe, c’est qu’elle fasse voyager. 1re Histoire— Grand-père, l’autre jour, j’ai vu un grand cimetière. Je ne comprends pas. Pourquoi met-on les gens dans des tombeaux? L’ainé regarde les grands yeux en bille du jeune curieux. Il reconnaît cette ouverture d’esprit qu’on perd trop souvent avec les années. Qu’il était bon le temps où la seule limite de l’esprit était la connaissance et non le jugement.
L’homme regarde sa canne endommagée. Elle est comme lui. Elle est vieille et usée. Polie à la pointe, imparfaite dans sa conception, mais toujours solide. Elle n’est pas ornée de rubis ou d’or. Elle n’est pas faite d’ivoire. Elle est simple, mais efficace. Elle n’aura pas droit à un mausolée ou à des fontaines en mosaïque. Et ce n’est pas grave. Parce que son legs pour le futur est devant lui en attente d’une réponse à sa question. 2e HistoireOn m’a parlé d’un endroit unique, une place complètement différente de toutes les autres. On m’a parlé d’un lieu où même les couleurs des murs deviennent des aquarelles de couleur, dans un pays lointain où les trésors sont jalousement protégés. Peu de gens savent vraiment localiser l’endroit. Ceux qui le peuvent hésitent souvent à en parler. Parce qu’un endroit aussi mystérieux ne se partage pas seulement en indiquant un point sur une carte. Vivre réellement l’expérience demande de s’y perdre. Il faut s’égarer volontairement, puis découvrir les méandres des couloirs étroits serpentants la ville. Chaque ruelle est une nouvelle découverte. Chaque virage offre une perspective différente. Comme dans la vie, finalement. De voir défiler les gens, comme des ombres qui passent, puis disparaissent, fait aussi parti de l’exploration. On m’a dit qu’on a envie d’aller découvrir ces nombreux visages, mais que le caractère de l’endroit propose un apprentissage personnel, une véritable démarche d’introspection. Alors on ne peut qu’être curieux des différentes réalités vécues. Les couleurs changent avec la journée qui passe. Ce canevas coloré est en continuel développement, en continuelle évolution. Les tons progressent comme les pensées du voyageur qui, dans ce labyrinthe de Dédale, délie ses pensées. Le fil d’Ariane est symbolique aussi. Vraiment, si un tel endroit existe, je ne suis pas certain que je voudrais le partager. J’ai l’impression que je ferais partie de ceux qui souhaitent garder le secret intact, parce que j’en serais devenu l’un des protecteurs. 3e HistoireOn parle d’artisanat, mais le mot qu’on devrait utiliser est art. Parce que dans cette ville immense où il est facile de s’égarer et de perdre ses objectifs de vue, Oumar se débat pour vivre son rêve. Tant de gens veulent lui enlever. Tant d’obstacles se dressent devant lui tous les jours. Mais il n’abandonnera pas. Il a toujours été le têtu de la famille. Il prouverait bien à son père qu’être un artiste est une belle façon de gagner sa vie. Il lui faut seulement un travail pour que tout commence. Il pourrait ensuite avoir une femme, puis des enfants. La rue fait mal. Elle laisse des cicatrices permanentes. Les plus anciens disent qu’on ne s’en remet jamais. Mais Oumar est différent. Il le sait. Sa situation est temporaire. Il avait quitté sa famille il y avait déjà quelques années quand il est arrivé à Fès. Il s’est rapidement fait offrir un métier dans les tanneries du souk, mais ce qu’il voulait, c’était de créer. Il voulait prendre le textile, l’assouplir, le travailler et transformer une simple peau en une pièce de collection. Prendre l’aiguille et la faire valser en laissant aller son imagination. À chaque trou percé, il s’évade de toutes les difficultés de sa vie pendant quelques instants. Il oublie tous ses problèmes. Il s’échappe, et cette rédemption est salvatrice. Il s’imagine être reconnu pour la qualité de son travail. Il s’imagine rentrer à la maison et joindre une table remplie de nourriture où une famille heureuse l’attend avec impatience. Il peut devenir tout ce qu’il veut. Le temps d’un instant, le temps d’une œuvre, il est bien plus que le Oumar qui dort sous un pont. Il est le Oumar qui crée, et qui est estimé. Si ce n’est pas de l’art, qu’est-ce? Dautres 'histoires pour la prochaine fois...
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Nic DumesnilPour me suivre dans mes voyages, mes expéditions, mes aventures et mes projets. Archives
October 2022
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