Une Histoire de Définitions Il y a déjà trop longtemps, dans un passé dont je n’ai maintenant que des souvenirs, j’ai vu une affiche qui m’avais marqué. J’étais au nord de la Thaïlande dans un voyage initiatique et introspectif. J’étais à la recherche de moi-même, dans le but avoué d’en créer une édition meilleure et améliorée. Je m’en souviens encore très bien. Il faisait chaud, c’était humide. J’étais à l’entrée d’une guesthouse un peu défraichie, mais remplie de gens vivant la meilleure version d’eux-mêmes. J’étais libre. J’étais heureux. Ce n’était pas mon premier voyage, mais celui-là était différent. J’avais fait les étapes classiques de la découverte du jeune adulte : D’abord l’Ouest, puis l’Europe, puis l’Asie. Je pensais être un voyageur aguerri. Je pensais être en terrain de connaissance. Ce que je n’avais pas prévu, c’était l’intensité des émotions et des sentiments que j’allais vivre. Je n’ai jamais vu venir l’importance de ce voyage dans ma vie. Pour le dire simplement, le Nic qui est parti avec son gros sac à dos est revenu avec des cheveux bouclés trop longs, quelques kilogrammes en moins, le teint bronzé, mais surtout, avec une nouvelle compréhension du bonheur. Une des notions les plus importantes que j’ai apprises durant cette aventure vient justement de cette affiche. Ce n’est pas rien : 15 ans plus tard, je m’en souviens encore. Ce qui est aussi rassurant, c’est que malgré les rides et les nuits courtes de ma nouvelle réalité, j’ai appris que la phrase est dynamique. Elle évolue, comme nous. Et cela est réconfortant. Comme beaucoup de gens après un été magique, je suis revenu au pays avec le désir de partager, d’échanger et de débattre. Je suis revenu avec pleins de bonne volonté, mais après le souper festif célébrant le retour, la réalité quotidienne m’a vite rattrapé. Je me disais que je pouvais au moins me réfugier dans ma tête pour me rappeler à quel point ce que j’avais vécu était spécial, mais le métro-boulot-dodo est comme une ombre noire qui avance sans relâche pour dévorer tout sur son chemin. Quelques années plus tard, après m’être fait avaler par la bête, j’ai eu une opportunité unique. Celle d’aller vivre en Guinée. Pas en voyage temporaire. Pas pour un an non plus. Je devais prendre ma vie, la mettre dans quelques boîtes, puis la déballer en Afrique. Évidemment, ça donnait le vertige, mais l’appel du large était trop fort. Ce serait aussi ma façon de m’évader de l’emprise de la routine. Tout était aligné, je devais saisir le moment. Bye bye, microscopique appartement du Plateau-Mont-Royal. Le temps m’a prouvé que c’est une donnée relative. Après 6 mois, j’avais l’impression que je venais tout juste d’arriver. Il y avait encore tellement d’inconnus, tellement de variables. Après un an, j’avais l’impression que j’avais à peine trouvé mon rythme. Après 2 ans, j’ai réalisé que j’étais de plus en plus en terrain connu. En quelque part pendant la 3e année, la métamorphose s’est produite. J’étais revenu brièvement au Québec pour voir les amis et la famille, mais je ne me sentais pas chez moi. Pas à ce moment-là. Peut-être plus tard, mais pas là. J’étais un visiteur comme les autres. Un visage inconnu dans une marée de gens. Comme si la réalité des lieux ne s’appliquait pas à moi. Parce que mon monde était de l’autre côté de l’Atlantique. C’était inutile de tenter de l’expliquer. Il n’y avait que ma famille d’amis de Kamsar qui pouvait saisir comment je me sentais. C’était à eux que j’avais envie de tout raconter. Eux sauraient. Eux, comprendraient. Pas ceux qui me demandaient génériquement : C’est comment, là-bas ? C’est à ce moment que j’ai réalisé que ma maison n’était pas un point géographique fixe. Ma maison, c’était – et c’est toujours – un refuge, un endroit où je suis bien, où je suis en sécurité. Ce ne sont pas des briques, du bois et du mortier. C’est un état d’esprit et c’est surtout un endroit où je suis avec des gens que j’aime. C’est un endroit où j’ai une voix et où j’ai le bonheur d’écouter celle des autres. C’est un havre, c’est un refuge mental. C’est un endroit pour créer des souvenirs. C’est un endroit pour grandir, un endroit pour apprendre. D’où on vient n’est pas important. Où on va non plus. L’affiche n’avait pas menti : ''Home is not where you live, but where they understand you.'' Le fleuve a suivi son cours et ma transformation en Afrique de l’Ouest a connu son dernier chapitre. Refaire mes valises pour quitter ma famille guinéenne aura été un des moments les plus difficiles de ma vie. Quand j’étais parti de Montréal, c’était en sachant que j’allais revenir et que j’allais retrouver des gens que j’aime et qui m’aiment. Quand je suis parti de la Guinée, c’était des adieux. On veut se faire croire qu’on peut toujours revenir, mais on sait que c’est bien possible que ça n’arrive jamais. Je savais aussi que je pleurais la fin d’une étape fantastique de ma vie. C’était comme si on m’arrachait une partie de mon cœur parce qu’il devait rester pour apprécier les couchers de soleils et la saison des pluies. Il devait rester pour les aventures en brousse, les soirées de scotch et les enfants de Siboty. Il devait rester pour toujours me rappeler que ma maison n’était pas la bâtisse F12, mais bien mes sentiments pendant ces moments précieux. J’ai eu besoin de beaucoup de temps pour retrouver une nouvelle maison. J’ai erré quelques mois en citoyen du monde, concentré sur mes objectifs personnels, mais en même temps à la dérive dans ma tête. Cette fois-ci, ça aura été l’amour qui m’aura montré le chemin de mon nouveau bercail. Notre petit appartement sur Frontenac n’aura été qu’une place pour entreposer mes valises poussiéreuses : Notre histoire promettait déjà de s’écrire sur plusieurs pages et une maison pouvant accueillir des petits êtres devait être trouvée.
La venue de mes enfants quelques années plus tard m’a donné une toute nouvelle perspective sur la notion de maison. Je comprends maintenant pourquoi on parle d’un foyer. C’est une question de chaleur et de bien-être. C’est réconfortant et c’est agréable. C’est ce qu’une maison devrait être. Je m’efforce donc maintenant d’inculquer ces sentiments à mes enfants. Je veux qu’ils soient infiniment bien parce qu’ils sont aimés et compris, mais je serai aussi heureux qu’en temps et lieux, ils partent chercher leur vérité et leur propre version du bonheur. Je veux qu’ils sachent qu’ils possèdent toujours une maison avec leurs parents, mais je les invite aussi à aller se réinventer et à établir leurs propres définitions, de Conakry à Chiang Mai.
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Nic DumesnilPour me suivre dans mes voyages, mes expéditions, mes aventures et mes projets. Archives
October 2022
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